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Notes de lecture

Au pays des poètes

 

Tahar Bekri, Le livre du souvenir, Elyzad, Clairefontaine, Tunis, 2007, 234 pages,  ISBN10 : 9973-58-006-

                      0 / ISBN13 : 978-9973-58-006-1.

             

            Quand un universitaire se met à vous parler des nombreux  colloques auxquels il a pris part, il s’expose aux soupçons de vanité. L’allergie à la « colloquite » vous gagne aussitôt et vous redoutez le propos de vantard et autres  rebuts des moi hypertrophiés. Rien de tel pourtant dans Le Livre du souvenir, dernier ouvrage du poète et universitaire tunisien, Tahar Bekri. Il y relate, entre autres, sa participation aux manifestations  culturelles internationales, mais il le fait dans un état d’esprit tout autre. A la lecture, les appréhensions se dissipent  et on regrette  d’y avoir cédé trop vite. C’est que Tahar Bekri doit ses carnets à ses voyages. Il doit ses voyages aux colloques académiques et aux rencontres poétiques, organisés ça et là à travers le monde. Souvent invité « pour une lecture de poésie », il ne cherche à impressionner personne, ni d’ailleurs à s’acquitter d’une quelconque  dette vis-à-vis des institutions  qui l’ont accueilli. Ces organismes, quand ils sont mentionnés dans Le Livre du souvenir, font tout naturellement  partie d’un réseau  de médiation culturelle, dont il se sert, tout comme ses confrères poètes et  collègues universitaires. 

 

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La fiction miroir de la réalité

 

Le signe de Tanit de   Abdelaziz Belkhodja

          Editions Apollonia, Tunis, 2008, 206 pages, Prix 10 Dinars

 

Face à l’académisme austère du roman tunisien, dans ses deux versants arabe et français,  Abdelaziz Belkhoja ne recule pas devant la tentation de brandir une écriture ludique, amusante, populaire, celle du roman de gare, ou encore celle du roman de vacances. Depuis « Les Cendres de Carthage » (1993), jusqu’au «  Signe de Tanit » (2008), en passant par « Les Etoiles de la Colère » (1999) ou « Le retour de l’Eléphant » (2003), A. Belkhoja s’applique à revisiter des genres aussi divers que le roman d’espionnage, le récit futuriste ou encore le roman d’aventures à toile de fond historique ou réaliste.

 

Dans ce parcours générique, il y a tout de même une constante : celle de la Tunisie d’aujourd’hui et d’hier ; et aussi celle désirée et imaginée, de demain, au point que le pays apparaît à travers des strates différentes, tantôt comme un pays enveloppé dans une aura de grandeur joyeuse, tantôt ébranlé de frémissements douloureux. Si bien que la Tunisie s’impose, à chaque nouveau roman, comme l’actant principal de la trame romanesque, puisqu’elle est tout à la fois le cadre de l’action et l’objet d’une investigation laborieuse. Dans cette perspective,la Tunisie d’aujourd’hui n’est pas coupée des couches souterraines de la Tunisie antique, notamment punique ou romaine. Le fil qui les distingue s’estompe et se rompt, avant de laisser apparaître le substrat de base de l’identité de l’Ifriqiya.  Cela signifie que le travail du romancier s’apparente à la démarche de l’archéologue : creuser, fouiller, décrypter tant d’éléments, avant de les exhumer à la lumière du jour. Dans ce cas, la présence récurrente de l’histoire antique de Carthage constitue le noyau central de l’œuvre, d’autant qu’elle nourrit, nous semble-t-il, l’imaginaire de l’auteur et structure son écriture. Cependant, en s’érigeant en leitmotiv, ou plus précisément en une image obsédante, Carthage finit par afficher, notamment dans Le signe de Tanit sa véritable fonction : le passé est évoqué ou invoqué pour mieux interpeller le présent, en vue de le maîtriser, et pourquoi pas le transformer ?

 

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Une radioscopie du soufisme au féminin


Nelly Amri : La Sainte de Tunis, Présentation et traduction de l’hagiographie e Aisha al-Mannûbiyya. Editions Actes Sud, Collection Sindbad, France 2008. 


Si Aisha al-Mannûbiyya suscite un intérêt particulier aussi bien chez les chercheurs que chez le grand public, c’est pour deux raisons au moins. D’abord, parce qu’elle incarne le modèle féminin du soufisme ou du maraboutisme au Maghreb. Ensuite, parce qu’elle résume, à travers son itinéraire ainsi que son hagiographie, tous les constituants du culte des saints en Islam. Ce qui représente une piste féconde en vue d’explorer les fondements de l’imaginaire local, les interstices de son univers spirituel, ainsi que de larges pans de la réalité historique de l’Ifriqiya à l’époque médiévale. C’est dans cette perspective que Nelly Amri a inscrit son ouvrage consacré à Aisha al-Mannûbiyya et qui s’articule essentiellement autour du projet de présenter et de commenter le recueil d’une hagiographie de la sainte, élaboré au XIV ème siècle par un auteur dont on connaît peu de choses, sinon qu’il est Imam à la mosquée de la Manouba et bien au fait des sciences exotériques et ésotériques, jurisprudence et soufisme.
Née probablement à la Manouba en l’an 593/1198-1199, à une époque trouble marquée par les famines, les disettes, les épidémies ainsi que les luttes pour le pouvoir entre les Almohades et Almoravides, Aisha al-Mannûbiyya avait à peine vingt ans quand les Hafsides devinrent les maîtres de l’Ifriqiya. Elle mourra probablement à l’âge de 7o ans, durant une période de paix et de prospérité sous le règne du Calife hafside Al-Mustansir.

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Déchéance d’un roi sans envergure

Alia Mabrouk : le roi Ambigu, récit historique.
Editions Déméter, 2007
« Tuez-les tous », voilà les premiers mots du roman de Alia Mabrouk, Le Roi Ambigu. Cet ordre funeste forme l’incipit du roman et inaugure la prise du pouvoir de Moulay Hassen el Hafsi ; il marquera de son horreur et son règne et son destin.
Petit roi d’un royaume étriqué, héritier d’une race glorieuse dont il n’a ni l’envergure ni le charisme, Hassen el Hafsi commence son règne par une ignominie : il donne l’ordre de passer par le fil de l’épée ses quarante cinq frères, de peur que l’un d’eux ne lui dispute, un jour le trône. Ni les scrupules de son ministre Abu Omar, ni les larmes et le désespoir de sa mère n’y feront rien. Tant est impérieux l’attrait du pouvoir.

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Le temps de la concorde

Michel Auguglioro, La Partenza, Editions Carthaginoiseries, Carthage, 2008, 267 pages, ISBN : 978-9973-704-08-5.
                                        

En publiant La Partenza d’Auguglioro, les Editions Carthaginoiseries confirment la voie mémorielle qu’elles ont choisie depuis leur création.  Dans cette jeune et belle aventure éditoriale, La Partenza  fera certainement date. D’abord par ce qu’on y relate un temps décisif pour nous : La Tunisie au lendemain de 1881. Une Histoire certes connue, si l’on songe à ses dates, à ses péripéties officielles et à ses acteurs politiques. Tout cela a été traité et commenté par l’historiographie savante. Mais l’on ignore presque tout  des individus, des groupes et des familles venus de l’autre rive qui ont nourri,  de leurs heurs et malheurs, cette période trouble de notre passé récent. Les héros de La Partenza font partie de ces  nombreuses familles siciliennes qui étaient en partance pour un monde meilleur :  en Afrique du Nord, au Brésil , en Argentine et dans  des contrées plus lointaines encore. Les Gugliaro  ont décidé de se forger un nouveau destin en Tunisie. Leur arrière petit- fils, Michel, aujourd’hui septuagénaire, revoit depuis les hauteurs de ses  Cévennes, cette fabuleuse histoire familiale. Il conçoit sa narration  comme un legs, comme un devoir filial vis-à-vis des siens et de sa Tunisie éternelle. L’éloignement spatio-temporel est , pour l’auteur, source d’une imparable nostalgie. En effet, tout y est : des  préparatifs du départ  en 1881 jusqu’à la naissance du fils de Michele et Rosarie en 1910.  Pourtant le récit, notamment au début, témoigne d’une grande retenue. Michel Augulioro semble avoir hérité de ses grands- parents, entre autres,  une qualité bien sicilienne : la pudeur . Autant  il  est exhaustif quand il décrit les amis de la famille, les grands travaux à Tunis ou le milieu professionnel de son arrière-grand-père, autant son discours est pudique lorsqu’il aborde les relations au sein de la famille. C’est qu’il nous dépeint des aïeux introvertis et peu enclins à la parole. Pour ces paysans de Trapani qui n’avaient rien,  le silence était un bien précieux. Dans la Sicile natale, il était synonyme de dignité et de sagesse. Sobre à des moments stratégique du livre, le récit d’Augulioro protège affectueusement la vie conjugale  et sentimentale de ces couples qui se sont formés au fil des générations.

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