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Heureux qui, comme Kindynis,….

    Laris  Kindynis, Djerba, l’île enchantée de mon enfance, Mémoires,  m-c éditions,  Tunis, 2009, 540 pages, prix : 20 D.T, 24 E, ISBN : 978-9938-807-01-1

Non,  Djerba, l’île enchantée de mon enfance n’est pas  destiné aux lecteurs pressés : ses quelques quatre cent cinquante pages en dissuaderaient plusieurs.  Sans doute aussi en raison de  son titre lyrique et de la chronique familiale  qui  s’étale sur plus d’un siècle. L’auteur a mis sept ans pour l’écrire. C’est, dirait-on, un peu  trop !...

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Entretien avec la romancière tunisienne Azza Filali

  Dans cet entretien, K. Ben Ouanès et M. Jabbéri évoquent avec  Azza Filali plusieurs facettes de son écriture, notamment le rapport de la romancière à la philosophie, à l’actualité, à la femme et à la littérature maghrébine.

   Je ne sers pas des personnages, je sers un texte.

 Pensez-vous que l’écriture devrait être au service de quelque chose ou quelque cause, ou au contraire serait une fin en soi ?

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Parutions 2009

                 

Roger Casemajor, L’Action nationaliste  en Tunisie, Sud –Edition, Tunis, 2009, préface de Hassine- Raouf- Hamza,  235 pages, 16 DT, ISBN : 978-9938-01-006-0.

Roger Casemajor, L’Action nationaliste  en Tunisie, m-c  éditions, Tunis, 2009, 329 pages, 20 DT, (16E), ISBN : 978-9973-807-98-4.

 Edité en 1948 pour les besoins de l’administration coloniale, ce rapport secret des Renseignements Généraux, intitulé L’Action nationaliste  en Tunisie, vient de tomber dans le domaine public. Deux éditeurs tunisiens Sud-Edition et M-C Editions s’empressent de le publier. On aurait pu éviter au livre ce  double emploi éditorial, si l’on s’était un peu concerté. Peut-être le ferait-on dans l’avenir. Son auteur, Roger  Casemajor, était un haut fonctionnaire de la Sécurité sous le Protectorat pendant une très longue période. Son rapport est composé de cinq grandes sections couvrant le mouvement nationaliste depuis ses origines, à la fin du XIXe siècle,  jusqu’à la mort de Moncef Bey, en 1948. Lacunaire à bien des égards et véhiculant les préjugés du fonctionnaire colonial vis-à-vis  des dirigeants nationalistes, ce livre  a, d’un point de vue historique,  un intérêt qui s’avère fort limité à la lumière des recherches plus récentes et plus professionnelles.

 Mais il demeure, au plan documentaire, un écrit de tout premier ordre. Dans sa préface au livre chez Sud-Edition, l’historien Hassine -Raouf Hamza rappelle sa valeur historiographique:  «[…], durant toute la période où les fonds d’archives du Quai d’Orsay et de la Résidence Générale( l’actuel fonds  de Nantes) étaient encore tout au moins en partie fermés aux chercheurs et même après l’ouverture[….], cet ouvrage qui se présente comme une sorte de synthèse générale composée et « confectionnée » des divers documents produits par les services administratifs et les renseignements français, a été pour les chercheurs  qui s’intéressaient alors à l’histoire du mouvement national un ouvrage bien précieux et incontournable ».

 Le Professeur Hamza, qui a signé la préface pour Sud-Edition, a également annoté le texte. Son apparat critique en facilite beaucoup la lecture. Cette réédition est plus complète ; elle contient, en plus du  long premier tome consacré aux « Faits »,  une éphéméride et  un second tome de  trente cinq pages, intitulé « Les Hommes », dans lequel Casemajor  a consigné une biographie sommaire des principaux dirigeants nationalistes  tunisiens d’alors.

                                        

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 Aïcha Ibrahim, Le Sarment, une saison à Kerkennah, M-C  Editions, 2009, Tunis, 439 pages, 20dt (16E), ISBN : 978-9938-807-12-7.

            Le Sarment  d’Aïcha Ibrahim est un hymne à la gloire d’une femme,  Fatouma,  et d’une île, Kekennah. Mais c’est un hymne à l’antique manière grecque, au sens  que l’on donnait à ce chant qui célébrait dans la ferveur un Dieu, un héros ou  une cité. L’île, qui tire son nom du mot romain  Circina, s’y prête d’ailleurs fort bien. Pour dire son attachement authentique au souvenir  de Fatouma, l’insulaire, Aïcha Ibrahim a choisi le parti de la démesure métaphorique.  Qu’importe si la prédication charrie dans  sa coulée des clichés, des tropes usés et des idées reçues ? Seul l’excès libère de la douleur due à la souvenance débordante. Formé de plusieurs sections sur l’île, la mer, le littoral, la pêche et les pratiques insulaires ancestrales, etc.,  Le Sarment est un livre de souvenirs, mais il est  atypique. Il ne faut pas s’efforcer de lui trouver des chaînons narratifs, pour la bonne raison qu’il n’en a pas ; ou plutôt qu’il refuse d’en avoir, hormis le lien  de   Fatouma. Personnage emblématique. Ses nombreux portraits lui confèrent, au fil des pages bien plus qu’une présence, une aura aux effets incantatoires. L’évocation de Lalla Fatouma donne lieu à des digressions successives à propos de l’histoire de Kerkennah, de sa topographie et des hommes célèbres, historiques ou fictifs, qui foulèrent  jadis son sol. Fattouma  invite l’auteure à des pérégrinations imprévues et l’emmène dans des déambulations imaginaires. Cités en épigraphe et convoqués à ce banquet universel, Les Baudelaire, Cervantès, Homère, etc.,  rendent la référence incontournable.

 Le  Sarment, qui se veut le serment d’une fidélité indéfectible à une femme et à son île,  est aussi l’expression libre d’un affect surabondant. L’ouvrage se prête alors  difficilement à la composition  suivie que nécessite un livre. A cause de la densité du référent littéraire et mémoriel, le Sarment encourt parfois la saturation sémantique et sa lecture n’en est que plus problématique. Aussi  Aïcha Ibrahim, le peintre, vient-elle à la rescousse de l’écrivaine. Elle nous offre, à la fin de chaque section du texte, des  portraits et paysages croqués souvent  au crayon, dont la beauté et la fluidité  s’avèrent  particulièrement apaisantes. Tant mieux si, à la fin du livre, le texte cède totalement  la place à la peinture : plus de 20 toiles. Un vrai régal pour les yeux et pour l’esprit. C’est dire combien la sérénité du peintre atténue les ardeurs de l’écrivaine lyrique !

 

                                 ****************

 Dialogue et intertextualité dans l’œuvre de Kateb Yacine, textes réunis par Rabâa Abdelkéfi Ben Achour, colloque international, Institut Supérieur des Langues de Tunis, les 22 et 23 février 2005, Ed. Sahar avec le concours  de l’Institut Français de Coopération, 2009, 178 pages, prix : 10 DT (10E), ISBN : 9789973282897.

 Réparties en quatre ensembles thématiques, les quinze communications qui composent ces actes traitent successivement de la biographie de Kateb Yacine,  de son engagement politique, des « jeux de son écriture »  et des mythes qui informent son œuvre. Mais c’est surtout Nedjma qui suscite toujours la curiosité et incite à l’interrogation. Samir Marzouki, Charles Bonn et Mansour  Mhenni revisitent  ce roman  hybride pour en souligner les paradoxes linguistique, thématique et générique. D’autres, s’inscrivant dans une perspective intertextuelle,  le soumettent  à des lectures croisées. Rabâa Abdelkéfi, par exemple, explicite les similitudes topiques et imaginaires entre Nedjma  et Voyage en Orient de Nerval ; Mireille Ribière voit dans la « poétique de l’absence » l’enjeu d’une parenté problématique entre ce roman   et W ou le souvenir d’enfance de  Georges Perec.

 Parce qu’il s’intéresse également aux facettes moins connues de Kateb Yacine (dramaturge et préfacier  d’auteurs mineurs de son temps), le colloque apporte des éclairages édifiants sur la biographie de l’homme, sur ses prises de positions politiques et autres qu’on a tendance à oublier ou que le statut de romancier semble avoir occultées.

                                              Chaâbane   Harbaoui                                
 

                                           

                                          

 

 

Plaisirs de la narration.

                                                                                                                                         أيام خلت

  “زار قبر أمه في مقبرة "الجناح الأخضر" بالقيروان، ثم هتف لنور واتفقا أن يلتقيا مساء ذلك اليوم في المهدية. وفي طريقه إلى هناك، تذكر لقاءه الأول بها. حدث ذلك في الربيع، قبل عشر سنوات. وكان قد جاء إلى البلاد لكتابة تحقيق عن القيروان للجريدة العربية التي يعمل بها. وبعد أن طاف طويلا في المدينة، طرق باب صديقه القديم الذي كان يسكن بيتا متداعيا في زقاق تجول فيه القطط الجائعة.و مثل كل الكائنات الليلية، كان عمران قد نهض للتو من النوم. وبوجهه الشاحب، وجسده الهزيل، وعينيه المنطفئتين،ويديه اللتين ترتجفان قليلا، بدا وكأنه صورة للشاعر الرومانسي الذي يريد أن يموت هكذا بين الأوراق المبعثرة، والكتب المغبرّة والقناني الفارغة، وأعقاب السجائر التي أحرقها في ليالي السهاد و القلق و الاكتئاب ...

   وكان قد تعرف على عمران سنوات الجامعة. وفي ذلك الوقت كان متطرفا في أفكاره وفي سلوكه. وبحماس كان يشارك في المظاهرات، ويعلن عن إلحاده جهارا ويقرأ "الكتاب الأحمر" لماوتسي تونغ، و يعلق صورة جورج حبش وليلى خالد في غرفته بالحي الجامعي. ثم اختفى فجأة.

بحثوا عنه طويلا، لكن دون جدوى. وذات يوم علموا أنه عاد إلى القيروان، وأنه انقطع عن الدراسة، وقطع مع أفكاره اليسارية، وانصرف إلى قراءة دستويفسكي و تولستوي و فلاسفة الإغريق القدماء والمتصوفة المسلمين. وقد استاء رفاقه القدماء من هذا التحول"الخطير" حسب تعبيرهم، لذا وضعوه في خانة المرتدين الملعونين. ولم يكترث هو بذلك. وفي عزلته في البيت القيرواني المتداعي، واصل القراءة و التأمل”

حسونة المصباحي، رماد الحياة،دار واليدوف للنشر ، 2009ص173-174.

 

                              *******

                                 Traversée

   " Ils se retrouvaient chaque soir au même lieu et à la même heure. Il n’avait jamais connu cela, un tel abandon de soi qu’il doutait parfois qu’elle fût réelle. Ils s’étaient rencontrés dans un café de Gênes où son bateau faisant une escale de deux jours. Il avait pensé à une passade, une de plus, une de ces jolies filles qu’un homme de la mer aborde dans un port puis qu’il abandonne une fois larguées les amarres. Il se répétait souvent cette phrase entendue de la bouche d’un marin :

     « Nous sommes les seuls hommes qui puissent aimer une femme puis l’oublier sans l’avoir jamais quittée. »

      Mais elle l’avait rejoint à Athènes où elle savait que le navire accosterait quelques jours plus tard.

      Il l’avait vue s’approcher, son petit bagage à la main, vêtue d’une robe légèrement transparente. Elle l’avait embrassé sur la joue et lui avait simplement dit : « Je veux partir avec toi ».

      Ils ne s’étaient pas posé beaucoup de questions, ils savaient très peu de choses l’un de l’autre. Ils s’étaient aimés avec fougue. Ils faisaient l’amour si souvent qu’il leur semblait qu’ils en mourraient d’épuisement. Mais la volupté nourrissait aussi leurs corps et ils renaissaient de leurs étreintes pleines d’ardeur et de désir renouvelés.

       Le voyage avait duré dix jours et neuf nuits. Un soir, deux jours avant sa disparition, elle avait pleuré, si longtemps qu’il en était resté désemparé. Pourquoi tant de larmes, nous ne nous quitterons plus, tu me suivras dans mes voyages ou bien je me ferai capitaine de péniche.

       C’est impossible.

       Rien n’est impossible. Je ne crains ni tempête, ni pirate des mœurs, ni époux vengeur. Tu es mariée ?

        Elle sourit. Bien sûr que non.

        Il prit ses mains dans les siennes, embrassa le creux de ses poignets. Il comprenait maintenant ce que signifiait le désir de ne faire qu’un avec l’être aimé. Il aurait voulu la faire rentrer en lui pour que ces instants durent indéfiniment. Ses yeux semblaient manger tout son visage. Ils lui disaient que bientôt, ils allaient se quitter pour ne plus jamais se revoir.

        Au port d’Alexandrie, elle disparut. Il quitta le navire, erra plus d’un mois dans la ville, fit circuler un avis de recherche.

         Puis un ami lui suggéra d’essayer du côté de la France, elle était plus probablement rentrée au pays. Lorsqu’il réussit à retrouver la trace de sa famille, le père lui annonça qu’elle était à l’hôpital, en train de mourir, des suites d’une insuffisance rénale. « Nous n’avons pas trouvé de donneur. »

       Noura BENSAAD, Quand ils rêvent les oiseaux, Elyzad, 2009،pp 17-19

 

                               *******        

                                   البداية

 »  كانت قد مضت عليّ  تسعة أعوام في باريس عندما تعرّفت على ماري كلير في ذلك المقهى المقابل  لمدخل حديقة للكسمبورغ الرئيسي الذي دخلته صدفة. خمسة أعوام أمضيتها في الدّراسة. ولمّا حصلت على شهادة الدكتوراه التي لم أكن في الحقيقة متحمّسا لها، لم أشأ أن أعود إلى تونس. واصلت العمل في الفندق الذي كنت أحبّه، لأنّه كان يؤمّن لي  كل ما أحتاج إليه فضلا عن أنّه يمكّنني  من أن ألقي كأستاذ متعاقد بعض الدّروس في الجامعة كلّما جدّدوا لي العقد. كنت أيضا أخشى إن عدت إلى تونس أن أبقى محبوسا هناك لفترة طويلة و أن أنقطع دفعة واحدة و بشكل حادّ عن زيارة باريس، فقد كانوا يحجزون  جوازات كل الذين يعودون إلى تونس بعد فترة طويلة من الإقامة خارجها للتأكد من أنّ عقولهم لم تتلوّث و أنّ حبهم للوطن لا يزال صادقا.

       لا أدري كم مضى علينا من الوقت و نحن في المقهى. كلّ ما أذكره هو أنّنا كنّا أخر من غادره. شجّعني ضحكها على الانتقال إلى طاولتها. الحقيقة أنّني لم أنتقل و إنما استدرت قليلا لأغدو قبالتها تماما، ثمّ انزلقت بالكرسيّ دافعا إياه في اتجاهها." 

                             الحبيب السّالمي، روائح ماري كلير،دار الاداب  بيروت، 2008، ص׃ 15-16.

 

                                         *******

 Je suis là et rien de plus                          

"Nous sommes comme Eve et Adam. Ils ont mangé le fruit interdit une seule fois. L’expulsion, la chute et la souffrance  s’ensuivirent. La condamnation est sans appel, éternelle. Pour leur entière progéniture qui plus est. Ce qui n’est pas une mince affaire. Il s’agit en fait de toute l’humanité. Mais si l’arbre n’avait pas été là, ni Eve ni Adam n’en auraient mangé. On a beau vouloir comprendre, rien n’y fait. Le rapport de cause à effet est alambiqué.

J’arpente la place Barcelone dans la peau d’un irrémissible condamné. Décomplexé, sans pitié. J’abandonne cravate et chemise soignée. Mon négligé vestimentaire sied à ma barbe de trois jours.

Le temps est couvert, un tantinet frisquet. En tout cas mieux que le froid sibérien d’il y a peu. Je fais le tour de la place plusieurs fois. Je ne sais pas pourquoi je suis là. J’y suis, donc j’y reste. Je m’assois sur un banc et feins de lire quelque magazine. Ma tête est ailleurs. En fait nulle part.

Une heure passe, peut-être deux. J’achète un café que je sirote sur le banc en fumant. Je ne sens rien. Des policiers passent près de moi, un énigmatique sourire aux lèvres. De jeunes filles, apparemment des lycéennes, me regardent bas et chuchotent. Des adultes m’examinent furtivement. Des dames mûres me toisent avec une réprobation non déguisée. Je m’en tamponne le coquillard. Je suis là et rien de plus.

J’ai froid. Mon nez picote. Je crains une rechute. J’enroule bien mon écharpe rouge autour de mon cou. Il est temps de partir.

Je fais à peine quelques pas qu’une jeune fille s’avance vers moi en courant. Elle a l’air effarée. Son visage semble contrit. Elle me hèle gauchement :

« - La rue d’Athènes ; vous pouvez m’indiquer où est la rue d’Athènes ?

Je n’ai pas le temps de comprendre qu’elle reprend :

-         je dois y vendre mon portable. Elle l’agite à ma face. J’ai perdu ma sacoche. On me l’a volée. Je dois vendre mon portable pour pouvoir rentrer chez moi.

 

Je bredouille :

-         Rue d’Athènes, Ah oui…

-         Vous pouvez m’accompagner ? Je ne suis pas d’ici."

-         Mais oui, volontiers, c’est dans cette direction. »

Soufiane Ben Farhat, Le regard du Loup, ( à compte d'auteur)chap X, 2009, pp61,62

                                    

                                        *******  

                             فطيرة سخونة...في يوم بارد.

   « حين كنّا فقراء في تلك العهود، أواسط الخمسينات من القرن الماضي، كان فقرنا فقرا حقيقيّا، وليس له مثيل بما يدّعيه فقراء اليوم، كنّا نجوع و نعرى، و أقول هذا عن معاشرة لهذا الجوع و لهذا العراء فقط حتّى لا أضيف مصائب أخرى، لأنّ القصّة هذه المرّة مرّة بحق، ومازلت إلى الآن أﺘﻠﻤظ مرارتها. في ذلك العهد كان حين يمرض واحد منّا فإننا لا نسارع به إلى الطّبيب، لأنّه لم يكن لنا طبيب في قريتنا، وحتّى لو كان موجودا فان ظﺭﻭفنا لا تسمح بالّذّهاب إليه، فنحن لم يكن لدينا ما نأكل فما بالك بالتداوي، لذلك كنّا نترك مريضنا إلى أن يفرّج الله عنه وأن يبرأ بنفسه، فليس هنالك من حلّ آخر سوى أن نصبّره إلى أن يقف على رجليه ويتعافى، أمّا أن نصرف عليه فذلك أبعد ممّا يتمنّاه و نتمنّاه نحن أيضا.

        في ذلك الشّتاء البارد مرض أخي الذي يصغرني بثلاث سنوات كما كان يمرض كثيرا من أطفال قريتنا، اصفرّ وجهه وصار يسعل، وغارت عيناه، وحتّى لا أطيل عليكم، فانّه كان مريضا، مريضا حقّا، و لأننا زمانها كنّا أخوين قبل أن يأتي بقيّة الإخوة  لنصير فريق كرة يد بممرّنه و حكمه، فانه كان أيسر بالنسبة إلى أمّي مداواة هذا الفرخ المريض، و لنتجاوز تلك العقبة كانت تدثره بما كنا نمتلكه في دلك الوقت من أردية و لحائف، و لكنّه لم يكن ليبرأ، لأنّ المرض مداواته لا بدّ لها من دواء، و لكن من أين لها ذلك فليبرأ بقدرة الله و إلا فليمرض، و كان أخي الصغير ذلك مريضا حقّا. و قد ارتأت أمّي أن تكرمه و تخفّف عنه بعضا ممّا يقاسيه ذاك الفتى ذو الخمس سنوات، و لم يكن لدينا أيّامها يا غرت و شكلاطة و طبعا لا وجود للبيتزا، ولست أخفي سرا لو ذكرت أنه لم يكن لدينا قهوة و لا حليب و لا حتّى ماء، ماء حنفية، لأنه كانت لنا بئر و ليس من المعقول أن نغلّي من مائها لطفل لا يتجاوز الأربع سنوات، لذلك رأت أمّي رحمها الله أن تخفّف عن أخي و ذلك بأن تمتّعه، أي يا صاحبي أن تمتّعه، لأنّ المريض في تلك العهود يكفي أن تفرحه بأيّ شيء لكي يفرح.

       مازلت أذكر ذلك الصباح الشتائي البارد حين أمرتني أمّي بالذهاب، وأنا حافي القدمين، لشراء فطيرة لأخي المريض

 صالح الد مس، المرايا القديمة،" فطيرة سخونة...في يوم بارد"،دار سحر للنشر ، 2008،ص13-14

                                     *******  

     Les mots du corps                                       

 "Mon corps se manifeste. Il prend la parole. Il a ses propres mots, ses maux de tous les jours, les plus fréquents : les maux de tête, de cœur, de ventre, de dos. Quand il les a tous dits, il en sort de nouveaux, il fait des néologismes. Il aime jouer à me donner des frayeurs. Il menace de me lâcher. Il commence généralement par de petits signaux. Des malaises, des douleurs légères, des crampes. Je le sens venir. Je le calme, le rassure. Quand il devient bavard, je lui donne deux comprimés d’antalgique. Ça le fait taire quelques instants. Puis ; il recommence. Cette fois, il ne plaisante pas, il me fait mal toute la nuit. Il vomit les comprimés, se tord, se plie en deux. Il est sérieux. Il souffre. Je me décide à l’emmener chez le médecin. D’y avoir pensé suffit à l’apaiser. Je prends rendez-vous. Il a encore la force de me porter jusqu’au cabinet du docteur.

         Je l’assois en face de ce monsieur en blouse blanche. Ce monsieur ne m’a jamais vue. J’accepte cependant de répondre à ses questions indiscrètes : mon âge, ma profession, ce que je mange, ce que je bois, si mon cycle est régulier, si je vais régulièrement à la selle, et beaucoup d’autres questions tellement personnelles que j’en rougis. J’ai du mal à parler de mon corps à cet inconnu qui n’a pas l’air de s’en soucier. C’est à peine si j’arrive à expliquer que j’ai des brûlures abdominales, qu’elles irradient le long du dos, qu’elles apparaissent généralement quand je me lève le matin ou quand je mange. Je ne luis dis pas que je soupçonne un ulcère, que mes angoisses sont, d’après moi, capables de me trouer l’estomac. Je ne luis parle pas de lui que j’attends de septembre en septembre, ni du désir inassouvi. Je ne dis pas que mes souffrances sont nouvelles, avant, mon corps ne s’exprimait pas autant. Je ne lui parle pas d’elle, de ses douleurs, de ses crampes. Il ne comprendrait pas. Je ne dis rien finalement de ce que je crois être les vraies raisons de mes maux. En revanche, je raconte que l’année passée à la même période, on m’a ouvert le ventre pour m’enlever un kyste à l’ovaire. Je ne lui avoue pas ma peur de ne plus pouvoir avoir d’enfants.

         Je passe à l’étape suivante : les deux marches qui vont me mener sur la table me donnent soudain le vertige, c’est bizarre !  Ce doit être encore mon corps, il angoisse à sa façon. Je connais les gestes qui vont suivre. Le stéthoscope glacé : le contact de cet instrument sur ma peau m’a toujours donné des frissons, et je me demande pourquoi on n’a pas pensé à en fabriquer un qui soit un peu tiède, juste assez pour ne pas effrayer le corps malade. Puis ces mains qui palpent, cherchent l’anomalie, pressent le ventre, recherchent le point douloureux, le trouvent, le réveillent. L’épicentre est là."

                 Wahiba Khiari, Nos Silences , Elyzad, 2009, (pp 36-38)   

 

entretien avec Jean Claude Versini

         

 

Jean Claude Versini est auteur de deux récits dont l’axe d’intérêt est la Tunisie, terre de son enfance.  Ghar El Melh, l’enfant du Lazaret, et Bizerte, les Ados de l’Indépendance s’articulent bien sûr autour des souvenirs d’enfance, avec de surcroît une teinte nostalgique d’un paradis perdu que l’écriture cherche à retrouver, ressusciter, réanimer et à lui donner forme et consistance.

 Le poète Slaheddine Haddad a rencontré Jean Claude Versini et a réalisé avec lui l’entretien suivant :

 

                     Ecrire, c’est conjurer l’oubli. 

 

 -Vous venez de publier simultanément aux éditions NIRVANA, deux récits autobiographiques intitulés : Ghar El Melh, l'enfant du Lazaret (2007) et Bizerte, les Ados de l'Indépendance, (2009). Cette soudaine conversion à l'écriture  vous venait-elle d'une vive envie ou d'une contrainte

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